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Terreur au parc (nouvelle de Hortense B.)

mercredi 4 janvier 2012

Terreur au parc

Ce dimanche avait été un jour froid et brumeux de novembre. Par ce temps, chacun était resté chez lui, au chaud, près de sa cheminée, profitant du confort de son domicile.
Etant resté chez moi toute la journée, je sortis affronter le froid et le brouillard, emportant avec moi manteau, écharpe et gants. J’emmenai aussi avec moi mon chien, qui s’agitait après être resté à la maison et qui avait besoin de se défouler.

Je partis en direction du parc. Les rues étaient désertes, personne n’avait envie de se confronter au froid. Le brouillard était épais, et moi-même je ne pouvais voir mon chien, qui me suivait pourtant à moins de cinq mètres de là. Quelques lampadaires éclairaient faiblement la rue, produisant de faibles halos autour de leurs ampoules. Lorsqu’une personne passa à l’autre bout de la rue, je ne pus la distinguer clairement, et je ne vis qu’une sorte d’ombre à cet endroit, qui se mouvait lentement. Je n’aurais su dire si c’était un homme ou une femme, s’il était grand ou petit tant tout était flou.
J’arrivai au parc. Seul un lampadaire l’éclairait, produisant une pâle lueur. Je m’avançai doucement. Les grands arbres qui bordaient le sentier projetaient d’immenses ombres indistinctes. Le seul bruit qui rompait ce silence glacé était le crissement des graviers sous mes pas incertains, et la brise, qui soufflait entre les branches des peupliers, semblables à des murmures sinistres qui semblaient m’appeler.

Je marchais dans les allées du parc, bordées de ces immenses arbres. Un étrange malaise me prenait... était-il dû au bruissement des feuilles qui m’entouraient ou bien à la sinistre impression d’être suivi ? Je me retournai, alerte. Rien de ce qui m’entourait n’aurait dû m’inquiéter, mais pourtant cette gêne persistait. J’entendis de petits bruits, rapides et réguliers autour de moi. Le son provenait un instant de ma gauche, et la seconde d’après, je l’entendais venir de ma droite. Je pris peur. Maintenant, la provenance de ce son semblait se déplacer autour de moi, en un cercle plus ou moins grand selon le moment. Etait-ce une illusion de mon esprit fatigué ? Une chose inconnue ?

La faible lumière du lampadaire vacilla un instant. La seconde d’après, elle se ralluma, puis s’éteignit définitivement. J’étais plongé dans le noir, et surtout terrifié à l’idée de me retrouver face à cette chose angoissante. Pendant un instant, je resongeai à l’après-midi que j’avais passé dans ma confortable maison : la cheminée, au chaud, la lumière qui y étaient associées. J’espérais presque que lorsque je rouvrirais les yeux, j’aurais chaud et que tout cela n’aurait été qu’un mauvais rêve, une farce de mon esprit. Je les rouvris d’un coup. Et tout réapparut, bien réel. Le froid, la nuit, l’angoisse. Et même si rien ne semblait me menacer, l’angoisse montait en moi. Je tendis l’oreille. Les mêmes petits bruits de graviers se firent entendre. Il y avait donc bien quelqu’un dans le parc, dans les mêmes allées que moi. Ou peut-être bien quelque chose. Je paniquais, mon cœur battait la chamade et j’avais l’impression qu’on pouvait l’entendre battre à des kilomètres à la ronde, tant il frappait fort contre ma poitrine.

Je tentai de me rassurer. J’étais ridicule. Comment pouvais-je penser qu’il y avait une chose dangereuse ici, comme dans les histoires que l’on raconte aux enfants ? Et pourtant, le même bruit se répétait, allant d’un point à l’autre. La seconde d’après, je vis cette chose. Une ombre noire, qui se déplaçait à une allure rapide. Elle était petite - elle devait m’arriver au genou - mais pourtant, elle me glaçait d’effroi. Je vis un petit reflet, qui dura à peine une fraction de seconde, à ce qui semblait être ses membres. Etait-ce de monstrueuses griffes prêtes à m’attaquer ? Je paniquai, ma tête me tourna et je me sentis partir. Je me réveillai, une seconde ou plusieurs heures plus tard. J’étais transi, sur le sol de graviers. Puis je me souvins de tout. De cette horreur, cette chose inconnue qui semblait me menacer comme un aigle qui guette une souris. J’avais l’impression d’être pris en chasse. Je me remis difficilement sur mes pieds. Mes muscles étaient raidis par le froid et par l’immobilité dans laquelle j’étais resté, pendant cet instant d’inconscience indéterminé. Et à cet instant, je vis que la créature était derrière moi. Elle semblait me regarder, et un reflet brilla dans ses yeux, qui ressemblaient à deux fentes rouges sang. Il s’apprêtait de tout évidence à me dévorer ou à m’attaquer.

Mon sang ne fit qu’un tour. Je partis en courant, de toute la puissance que m’accordaient mes jambes engourdies. Je ne voyais rien. Je sortais du chemin sans vraiment le vouloir, je fonçais, et des branchages me fouettaient le visage. Mes pieds se prirent dans des racines, mes coudes étaient éraflés. Mon écharpe se coinça dans une branche et y resta. Je continuai, un vent glacé sur la nuque. J’entendais la course de la créature dans mon dos, qui me poursuivait. Mon cœur battait à tout rompre, il menaçait de me lâcher à tout moment. Pourtant, je ne pouvais m’arrêter. La panique me ralentissait, m’aveuglait, et des dizaines d’égratignures couvraient mes mains et mes chevilles. J’étais terrifié.

J’avais du mal à distinguer ce qui m’entourait. Je pus distinguer la clôture qui marquait la fin du parc. J’étais forcé de m’arrêter. Je me retournai. La créature arrivait, juste derrière moi. Elle allait me sauter dessus. J’eus un mouvement de recul, je trébuchai en arrière, buttant contre une racine qui sortait du sol. La chose noire était à deux mètres de moi. Un mètre. Elle prit son élan sur ses pattes postérieures, je la vis, ombre noire, qui s’élançait. J’avais l’impression que chaque seconde était décuplée. Je la voyais, qui avait bondi, dans les airs. Elle allait atterrir sur moi. Je fermai les yeux, attendant et redoutant le choc. Il arriva. J’aurais pensé qu’il allait m’écraser, me broyer, mais pas du tout. Je redoutais le moment où j’allais sentir ses crocs s’enfoncer dans ma peau. Et pourtant, cela n’arriva pas. Un contact chaud, humide et râpeux. Ce n’était pas douloureux, mais ce n’était pas pour autant agréable.
J’ouvris les yeux. Mon chien était sur moi, me léchant le visage, content de me voir.


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